3.26.2005

 

Ces mots, jetés en l'air, qui dérangent...

Nous sommes en cours de lettres. Une victime vient de passer au tableau et, à la fin de son commentaire, le professeur corrige ce qui n'allait pas. Il commence par : "Evitez les formules telles que 'L'idée comme quoi', laissons cela aux concierges de Paris". Et ce dernier d'ajouter "Non pas que j'ai quelque chose contre les concierges de Paris. Simplement nous sommes dans cette classe pour tenter d'adopter un autre langage...". Immédiatement, j'ai été frappé. Une fois ces mots balancés en pleine tronche, je dois dire que tout s'est subitement éclairé en moi.

C'est vrai que les concierges s'expriment mal. Que veux-tu Pierre, rends toi à l'évidence, c'est la France d'en-bas. On ne leur a pas appris à s'exprimer convenablement, d'où leur patois. C'est vrai que leur langage est un peu pauvre, tu sais, mais ils y peuvent rien, c'est leur condition. A chacun son langage! Et encore, le langage n'est que l'écorce : creuse encore un peu à l'intérieur et tu découvriras leur profondeur d'âme. Nous, dans les classes littéraires, on surpasse tout ça. On fait des belles phrases, comme les grands écrivains. On sait parler français, nous au moins. On est pas des racailles quoi etc...

Bon, arrêtons ce développement ironique, je pense que vous voyez où je veux en venir. Je trouve cette remarque totalement impertinente de la part du professeur. Nous sommes dans un âge de consolidation de la personnalité et nous incorporons tout ce que l'on nous dit. Et même des petites phrases insidieuses comme celle-ci glissées çà-et-là, je pense que nous les enregistrons, inconsciemment. Et pour moi qui suis très influençable, comme pour d'autres, cela peut s'avérer pernicieux. Peut-être dans ce cas de figure peut-on parler du fameux "formatage prépa". Le jeu, c'est de résister :)

3.25.2005

 

Rien de nouveau sous le soleil

La situation est plus que problématique : je ne trouve plus de sujets palpitants comme avant. L'âge d'or semble révolu. En attendant que mon inspiration revienne, je vais raconter ce vendredi, où mine de rien je ne me suis pas ennuyé.
Pendant les deux premières heures, allemand : étude d'un texte passionnant sur le romantisme mais la prof nous trouvait engourdis. Moi je trouvais qu'on était en forme. Enfin...
Puis, nous sommes allé voir -la classe entière et notre professeur de philosophie- une pièce de Platon jouée par un seul bonhomme : la lettre VII. C'était dans un petit théatre au bord du périph. J'ai bien aimé, mais mon avis n'est pas unanime : l'acteur, qui incarnait Platon donc, avait une dégaine assez triviale, et aux yeux de certains dans la classe, c'était une grotesque dénaturation. Ce qui a suscité un petit débat entre une camarade et moi ; mes premières joutes intellectuelles où il faut argumenter, sensationnel ! Ca s'est mal terminé, hélas.
A midi, après manger, nous avons formé un clan hyphokhâgneux dans le parc car il y faisait bon, et nous nous sommes détendus. Je précise ce détail anodin car ces cinquante minutes m'ont beaucoup plus : amusement, pieds-nus, djembé, clope roulée, rires...En somme, je le redis, l'ambiance, pour ma part, est de loin irréprochable.
De 13h à 15h, nous avions notre dernier cours avec notre remplançante d'anglais : nous lui avons offert des fleurs et une carte car pendant quatre mois, elle nous a passioné (nous sommes 5 en anglais LV2) par les textes choisis, les études faites dessus et par son caractère. Elle était tout émoustillée, nous aussi.
La journée s'est achévée par une heure de latin, où nous avons médité très profondemment sur Sénèque.
En somme, ce fut une journée intercalée entre deux autres mais qui me laisse des bons souvenirs (excusez cette conclusion pitoyable, on me presse).

3.21.2005

 

Des langues bien pendues!

Sachez-le tout de suite, il y une vie en dehors des cours et du travail en HK, ce sont les conversations, les éternelles. J'ai en effet remarqué que nous sommes très loquaces : chaque moment est opportun. Dans les couloirs (le matin et entre les cours), pendant les cours (si si! ça arrive), aux intercours, au CDI pendant nos trous. Il y en a même qui font des blogs pour raconter leur année ;) Bref, j'ai trouvé interessant de rapporter quelques-uns des sujets les plus choyés. Vous vous apercevrez vite que certains sont les mêmes que dans le secondaire, d'autres sont spécifiques à l'hypokhâgne. Je vais aussi tenter de les hiérarchiser, du plus fréquent au moins employé.

- Les professeurs. Sujet éternel, que toute notre passion ne parvient pas à épuiser et qui commence dès notre plus jeune âge. Les remarques sont de tout genre. Au début de l'année, on s'interrogeait surtout sur le fait de savoir si ils avaient fait Normale'Sup ou non, comme les enfants font pour tester les grandes personnes. A chaque fois, lorsque nous apprenions que l'un d'entre eux sortaient de l'ENS, nous (ou je?) étions ébahis : "Wahou, c'est donc ça un normalien!". Ensuite, en apprenant à mieux les connaître, nous avons commencé à dresser des portraits psychologiques complets et à les imiter entre nous tout en rigolant (voix, mimique...). Les conversations nous permettent aussi de nous révolter : "Tu as vu comme il est dur celui-là?" suivi d'un acquiecement général. Pour ma part, ils suscitent en moi un sentiment de curiosité permanente, et j'essaye de savoir à quoi ils ressemblaient à mon âge en hypokhâgne.

-Correlaire des professeurs, les cours. Souvent à la sortie d'une heure de cours, nous en discutons brièvement. Nous reparlons en effet de ce que nous venons d'apprendre, des moments rigolos, de ce qui nous a déplu. Souvent, il m'arrive de faire à part à mes petits camarades de mon exaltation, qu'ils partagent de temps en temps. Quand nous avons plus de temps, nous en reparlons franchement, de manière plus globale mais synthétique. Par exemple : "Qu'est-ce que tu penses du cours de Lettres en général?" et là nous débattons, car nous ne tombons jamais d'accord. Certains pensent qu'il est mal construit, d'autres non. J'adore ce sujet!

- L'orientation. "Alors, tu fais quoi l'année prochaine - J'c pô". Ce dialogue, simple, composé de quelques mots, devient un rituel social. Personnellement, plusieurs fois par semaine, je demande à mes condisciples leurs voeux pour le futur et vice-versa. La plupart du temps, ils sont perdus, comme moi, donc ça nous plaît et on se le redemande sans s'épuiser. On rigole de notre propre néant à venir. C'est que tout est incertain : on ne saura qu'à la fin de l'année si on est admis en khâgne, donc tous nos plans peuvent s'écrouler du jour au lendemain.

-Le travail [à la maison]. Sujet mitigé. Au moins une fois par jour, je demande et pareillement on me pose la question de savoir si j'ai travaillé la veille. Je réponds oui presque à chaque fois (pour leur faire peur!). En fait, je crois qu'on cherche tous à s'auto-rassurer en posant cette question. Très souvent, on se lamente : le poids du travail nous accable, c'est trop dur, et puis j'en ai marre je ne le fais pas. Cependant, on veille à ne pas trop l'évoquer pour montrer qu'après tout, y'a pas qu' ça dans la vie.

-Nos trouvailles, passées ou récentes. Je m'explique : comme nous butinons un peu chacun de notre côté une fois rentrés à la maison, nous parlons souvent entre nous des livres, films ou musiques qui nous ont marqués. Fécondité de l'échange.

-Les temps libres. "Alors, tu fais quoi samedi soir". En effet, le 6e jour de la semaine est sacré : c'est le seul possible pour sortir sans trop de scrupules. Personnellement, je suis très interessé de savoir à quoi s'adonnent mes autres camarades. A fortiori, on s'interroge sur les vacances, surtout les grandes, période de l'ultime affranchissment dont l'odeur se fait déjà sentir!

-Philosophie de petite semaine : le travail est-il la condition de l'homme? La crise est-elle éphémère? Faut-il s'enfermer dans l'abstrait etc...On se sent fort après s'être posé toutes ces questions.

-Enfin, le "Tu t'es couché à quelle heure hier soir", au lendemain d'une dissert' à rendre. C'est généralement un concours : on s'incline devant ceux qui ont fait la nuit blanche. Quatre heures, c'est un score honorable. Trois heures, tu aurais pu faire un peu mieux. Avant trois heures: tu as bien fait de dormir longtemps!

Je pense que tout est dit, enfin presque. Ce que j'esquisse, c'est un squelette général qui se laisse modeler en fonction des différents individus, et là, l'approche est beaucoup plus complexe. Nouvelle conversation à lancer pour les hyblogués : ce blog est-il utile ou non?

3.20.2005

 

La rose des vents qui perd le nord...

Je suis déboussolé.
Je ne sais que faire l'année prochaine. Plusieurs choix s'ouvrent à moi : soit, sous réserve d'y être admis, je passe en khâgne (2e année de classe préparatoire littéraire). J'aurais alors le choix de me spécialiser entre l'allemand, la philosophie ou les lettres modernes. Mais ça me fait grincer les dents ; les khâgneux actuels s'amusent à nous dire de profiter de nos "vacances" en hypokhâgne, car la deuxième année, c'est pas de la rigolade. Déjà que je rigole pas beaucoup cette année...D'autre part, cela signifie que cet enfermement va perdurer : enfermement intellectuel, et sentimental en quelque sorte. Et cela me donne l'amer sentiment que pendant un an encore, je ne pourrai pas "profiter ma jeunesse", expression que j'ai quelque peu rangée dans mon tiroir jusqu'à maintenant.

Je me tâte. Et pour cette raison, j'expérimente, je "zappe". Je me suis rendu hier matin au salon de l'étudiant pour aller voir le stand de l'école des 3A justement. J'avais plein de questions à leur poser et je dois avouer que j'ai été très séduit. Hélas l'école est chère, et elle est à Lyon. Ce qui me fait douter, aussi, c'est cette peur d'abandonner ma quête culturelle que j'ai commencé cette année : car je me lance sur le chemin des finances et du marketing, disciplines sensiblement différentes! En somme, j'ai peur de me perdre dans cette école, de ne pas m'identifier à mes condisciples, de ne plus exister.

Ensuite, je suis allé à ma première conférence de philosophie que notre professeur nous avait recommandée. Je voulais voir à quoi ressemble un philospohe, sa manière de parler, son aura, ses convictions. Il débattait à propos du matérialisme, du naturalisme et de la métaphysique. Je me suis cramponné mais je n'ai pas tout compris. Cependant cela m'a interessé. Cette logique, cette construction poussée rassurait en quelque sorte. Pourtant, une fois rentré, je me suis interrogé sur l'utilité de cette conférence : c'est très beau, Mr le philosphe, de parler de choses subtiles et complexes, mais à quoi cela sert-il dans le monde moderne? Y a-t-il un sens à tout cela? A quoi bon faire de la philosophie à la fac? (admirez au passage ces problématiques qui pourraient être l'ébauche d'une dissertation!).

Vous le savez maintenant aussi bien que moi, mon avenir est nuageux, et les éclaircies sont dignes de celles d'un mois de mars, c'est-à-dire éphémère, quoiqu'à regarder le temps... Il faut donc que j'expérimente au maximum avant la fin de l'année, qui va arriver à la vitesse V. Expérimenter par des lectures, par des rencontres, par de la réflexion et espérer.

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