6.24.2005

 

Bilan (7)

Du relativisme

Le fait d'être confronté aux grands auteurs et à leurs oeuvres provoque un retour sur soi-même. Un retour sur l'Homme aussi. Je ne passais désormais plus au crible mes sentiments de la même manière, j'ai tenté des comparaisons. La culture devient le support de l'introspection. Mais surtout, j'ai cru découvrir que ce ne sont pas les hommes qui façonnent les évènements, mais que, bien au contraire l'humain possède son libre-arbitre dans son adaptation aux évènements qui jaillissent tout autour de lui. Homo Sapiens. Homo Sapiens sed in reactionem. C'est cette prise de conscience que j'ai prénomée relativisme. Relativisme dans le domaine d'action, relativisme de l'unicité de l'action, relativisme des moeurs.

Une idée ne s'énonce pas sans preuves à l'appui. Partons du plus simple. Nous avons étudié une poésie de Du Bellay tirée des Regrets. On constate en premier lieu la mélancolie profonde du poéte, liée au sentiment de regret donc. Et maintenant, moi, Pierre du XXIe siècle, je ne pourrai plus voir ma mélancolie comme quelque chose d'unique, de nouveau. J'ai pris conscience que le sentiment en soi existait et avait été parfaitement décrit cinq siècles auparavant. Ainsi ce sentiment qui me traverse est normal, sinon connu. Je ne vais pas en faire tout un plat! Par contre j'ai spontanément à l'esprit l'idée que ce sentiment a lieu dans un cadre unique dans le cours de l'Histoire: parallèlement à ce sentiment, on n'est jamais arrivé aussi loin dans le cours du temps, les objets disposés n'ont jamais eu cet assemblage unique et les êtres humains qui m'entourent n'ont jamais circulé simultanément à ce moment X de cette manière. Relativisme dans l'unicité. Ambivalence humaine.

Le second exemple est un peu plus complexe car il se pose à plus grande échelle. J'ai essayé de comprendre l'effectivité des révolutions en France au XIXe siècle car cela correspond à notre cours d'Histoire. J'ai cru percevoir qu'à chaque révolution, chacun s'embrase de manière totalement neuve et nie absolument les échecs des précédentes. Comme si à chaque révolution l'Homme se bandait les yeux et enlevait ensuite son cache en découvrant que tous ses désirs de changements n'ont pas été satisfaits. Et j'ai justement eu l'impression qu'il n'y avait pas cette prise de conscience du relativisme dans l'action révolutionnaire mais qu'il existait pourtant bel et bien dans le cours de l'Histoire, et que les révolutions étaient donc menées avec une certaine illusion. Et c'est pareil aujourd'hui: quand je manifeste, je sais pertinemment que je ne changerai pas immédiatement la trame de fond, pourtant, une force me pousse à défiler dans la rue.

Ainsi, au delà de la prise de conscience de ce relativisme, concept peut-être passager, on remarque surtout les interrogations qu'il a suscité au fil de l'année. Questionnement sur la liberté humaine, sur l'effictivité de l'action, sur l'idée que se fait l'homme de ce qu'il ressent.

6.22.2005

 

Bilan (6)

Le plein et le vide

Le but du jeu est maintenant, pour ces derniers articles, l'introspection: détecter dans sa petite tête les changements apparus cette année qui sont à mettre sur le compte de l'HK.

On peut dire que j'ai découvert un monde plein : c'est-à-dire un milieu rempli de culture, de réflexion, de travail, d'intellect. Bref un monde chargé, où le premier plongeon est vertigineux. Un monde plein aussi parce qu'il est englobant ; l'Homme, voire l'humanité, est abordé sous tous ses angles. Une grosse toile d'araignée qui nous entoure dont chaque fil exprime une idée essentielle. En littérature les sentiments. En philosophie les doutes. En histoire le passé. En géographie l'homme et son espace. Cette apparaître du plein ne touche pas tout le monde de la même manière. Moi ce fut ces matières. Un autre pourra le trouver dans les sciences, ou encore dans l'agriculture que sais-je.

En contrepartie, j'ai fait la connaissance du monde vide. C'est ce que je ressens dans les discussions factices. Dans la publicité. Dans le fond de mon PC. Dans les slogans BUS ATTITUDE de la ligne 189. Dans les émissions de télévision. Un monde vide qui paraît plein, ou le contraire? Je ne sais pas. Un monde vide que je m'évertue à ne pas critiquer, à ne pas mépriser, à accepter mais un point sur lequel je suis obligé de me rendre à l'évidence: il ne répond pas ou ne tente pas de répondre à mes interrogations fondamentales. Un vide vertigineux, parfois débordant, que j'essaie de contrecarrer en me repliant sur moi-même, sur la stabilité de mon être.

J'ai donc fait l'expérience cette année d'un nouveau conflit: le monde plein opposé au monde vite. Une opposition bien grossière d'ailleurs. Manichéenne certes. Véridique pourtant. Un conflit permanent qui entrave ma volonté de tout unifier, de tout cerner. Un conflit dans lequel mon audace sortira vainqueur, j'espère. Et puis, sinon, ce serait pas marrant!

6.20.2005

 

Bilan (5)

Voici le deuxième et dernier article en ce qui concerne l'aspect relationnel de l'HK.

Il le pense du plus profond de lui-même et il le déclame avec émotion, il a découvert des amis formidables cette année. Tous enfoncés dans le même bourbier dans les moments difficiles mais toujours cette capacité à tendre la main vers l'autre, ces petits points lumineux qui l'ont rendus heureux.

L'histoire est belle. Graduellement des liens profonds se sont tissés , sans cesse créateurs jusqu'à aujourd'hui. Au début de l'année il n'arrivait pas tellement à s'adapter, surtout qu'il y avait LE groupe d'internes très prégnant, qui avait déjà beaucoup partagé en quelques semaines. Les internes et les externes, c'étaient un peu le jour et la nuit. Il a d'abord découvert qu'il partageait une passion avec l'un d'entre eux. Un beau lien initiatique. Plusieurs fois ce dernier l'invita dans sa chambre et ils discutaient avec frénésie, détachés de l'HK. Leur reflexion était pour lui créative, si innovante. C'est dans ces instants qu'on comprend le jaillissement d'une étincelle, d'une réciprocité qui va évoluer. Cela le remplissait d'espoir, il commençait à percevoir la profondeur possible d'une relation à un moment donné.

Au fil de l'année et assez rapidement, il fait connaissance avec les autres. Ceux qui rigolent aussi. Ceux qui arrivent en retard en cours et qui se font gentiment admonester. Il apprend à connaître ceux qui vivent l'HK de manière transcendantale ; ceux-là même qui méditent profondemment sur le sens de la culture, son être, et qui tâtonnent en s'en imprégnant. Emerveillé, il essaye de s'intégrer. Il le veut. Mais. Il traîne avec lui une conception formelle et balistique de l'amitié. Il attend des codes, des signes peut-être même des réponses. Il est déçu. Cela explique en partie la chute de la courbe du niveau vers decembre (voir article Courbe de Motivation 2004/2005 / Semaine du 3 avril). Il traverse du coup une phase pénible. Car il ne peut s'empêcher de se sentir exclu, comme il l'a souvent fait, ce dont il a conscience, ce dont il cherche encore aujourd'hui à se débarasser.

Après février, il revient vivifié par le Bafa. Et naturellement, d'une spontanéité d'ailleurs farceuse, il se sent pleinement maillon d'une nouvelle chaîne solidement unie. Il ne cherche plus à comprendre, à vrai dire. Il se contente de vivre, en souriant au ciel. Désormais il partage à bride abattue, il échange les mots du coeur. Il s'est creusé son petit terrier. Il peut s'y lover. Cette nouvelle meute ne lui fait pas oublier ses anciennes. Au contraire, cela lui permet de s'épanouir en sein de chacunes d'entre elles. De faire la part des choses. Trier donner recevoir échanger. Le grand nettoyage du printemps celui qui purge en profondeur. Oui il reste ami avec les autres hypokhâgneux qu'il apprécie énormément et ses amis extérieurs, de longue date.

Il les remercie chaque jour, ils le savent. Il les remercie de lui avoir fait découvrir tant de domaines inexplorés tels que la musique, la littérature ou la philosophie. Il les remercie d'avoir dû se heurter à des préjugés qu'il portait contre des occupations crayonnées au noir par la société. Il les remercie pour leurs sentiments chaleureux dont la sincérité s'exprime de manière fluorescente. Satisfait, il continue son chemin en portant des souvenirs langoureux. L'année prochaine, il ne sera plus dans leur classe. Et alors. Il ira leur rendre visite frauduleusement à l'internat, fera battre son coeur au rythme des pas et il continuera.

Il les remercie d'avoir été obligé d'employer la troisième personne pour tenter de saisir.

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